Le souci de l’autre

Le souci de l’autre: le care comme système global d’intervention des organisations transnationales de femmes (France/Canada, 1880-1950)

Financement CRSH (2011-2014)

 

Une réunion du CNFF au Musée social. Source : Bibliothèque Marguerite Durand (Paris)
Une réunion du CNFF au Musée social. Source : Bibliothèque Marguerite Durand (Paris)

Étroitement lié à l’activité philanthropique, le souci des autres (care) est devenu en quelques décennies un système global d’intervention mis en place par des réseaux transnationaux, de femmes en particulier. L’histoire des régimes de citoyenneté signale l’importance de leur contribution à la vie politique occidentale au cours des années 1880-1950. La mobilisation de femmes au sein de mouvements transnationaux fondés à la fin du XIXe siècle, comme la Conférence universelle des Young Women’s Christian Association (World’s YWCA) et le Conseil International des Femmes, témoigne d’une vision spécifique de leur intervention dans la sphère publique. Centrées sur leurs préoccupations à l’égard des populations vulnérables, ces organisations vont identifier des problèmes, élaborer des pratiques d’intervention et définir des formes alternatives de pouvoir politique. Les problèmes sociaux identifiés (migrations de jeunes filles, questions familiales ou d’hygiène) sont ainsi considérés comme des domaines nécessitant une intervention des pouvoirs publics (politiques migratoires, familiales, de santé publique etc.). Les actions de ces femmes leur donnent un accès particulier au pouvoir politique établi sur le souci des autres, le bien-être social, la solidarité, et leur ont permis de développer une capacité d’agir collective (agency) aux niveaux national et international. Notre programme de recherche vise à faire l’histoire encore peu connue du rôle de ces organisations de femmes dans l’avènement d’une société de bien-être, en France et au Canada. Les deux grands réseaux internationaux et leurs branches nationales: le Conseil National des Femmes Françaises – CNFF – (créé en 1901), le National Council of Women of Canada – NCWC – (fondé en 1893) et les sections canadiennes et françaises du YWCA seront étudiés, en particulier la nature et les effets des liens transnationaux ainsi que l’adoption de nouvelles politiques publiques. Nous montrerons aussi comment leurs actions ont conduit à l’intégration des femmes à différents régimes de citoyenneté (sociale, politique et économique).

Des représentantes du NCWC, Rideau Hall, Ottawa, 1898. Source : Topley studio/Bibliothèque et Archives Canada, PA-028033
Des représentantes du NCWC, Rideau Hall, Ottawa, 1898.
Source : Topley studio/Bibliothèque et Archives Canada, PA-028033

Réalisations :

– Yolande Cohen, « De parias à victimes: Mobilisations féministes sur la prostitution en France et au Canada, 1880-1920 », dans Genre, Sexualité et Société, Parias sexuels, n. 11, printemps 2014, En ligne, < http://gss.revues.org/3157>

– Yolande Cohen et Linda Guerry, « Discours et pratiques transnationales. La YWCA et l’immigration au Canada (1918-1939) », Canadian Historical Review, vol.94, n.3, septembre 2013, p.388-403

– Yolande Cohen et Hubert Villeneuve « La Fédération nationale Saint-Jean Baptiste, le suffrage féminin et l’avancement du statut civique et politique des femmes au Québec », Histoire sociale, vol. 46, n. 91, 2013, p.121-144

– Yolande Cohen, « Immigrant’s Aid in Québec 1867-1939: Gender, Religion, and Ethnicity », Quebec studies, n. 52, Fall 2011-Winter 2012, p. 5–32

– Yolande Cohen, « Du nursing au care: le genre d’une profession », Aporia-The Nursing Journal, vol.4, n.1, Janvier 2012, p. 5-13